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Un an après les accords de Charm el-Cheikh : où en est Gaza ?

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Il y a un an maintenant, une vingtaine de pays étaient réunis à Charm el-Cheikh, sous l’égide des États-Unis, pour essayer de résoudre un conflit qui dure depuis plusieurs décennies. Un accord en vingt points, censé garantir la paix à Gaza, avait été signé par les deux parties concernées.

Une fois la première phase déclenchée, par la libération des otages israéliens et des prisonniers palestiniens accompagnée d’un cessez-le-feu, une aide d’urgence humanitaire devait être déployée dans le pays pour reconstruire l’enclave palestinienne.

Charm el-Cheikh : un accord signé, une paix absente

Le 13 octobre 2025 à Charm el-Cheikh, Donald Trump, parrain de l’accord, devant les dirigeants réunis pour le sommet sur la paix au Moyen-Orient.
Sommet pour la paix au Moyen-Orient, à Charm el-Cheikh, le 13 octobre 2025.

Alors, quel est le bilan un an après ? Le génocide continue à Gaza, selon une commission d’enquête de l’Organisation des Nations Unies (ONU), et les colonies illégales israéliennes se propagent en Cisjordanie. Seuls deux points du plan ont abouti (les libérations d’otages et de prisonniers), montrant l’échec manifeste du président Trump.

Les deux parties s’accusent mutuellement de violer l’accord du cessez-le-feu. Israël accuse le Hamas de ne pas être désarmé tandis que du côté palestinien, les arguments se concentrent généralement sur le droit à la résistance face à l’occupation, l’absence de souveraineté étatique et la nécessité de se défendre contre les opérations militaires israéliennes.

Cet échec était écrit d’avance : l’accord n’a jamais été appliqué sur le terrain, et celui qui devait le garantir n’est pas un médiateur neutre.

Un accord resté lettre morte

Chaque camp accuse l’autre, mais les chiffres permettent de trancher.

Tout d’abord, la ligne convenue lors du cessez-le-feu n’a pas été respectée, puisque les forces israéliennes continuent de grignoter la bande de Gaza. En effet, Israël s’est octroyé 12 % du territoire gazaoui depuis le printemps 2026. Cela s’est fait par l’implantation d’une nouvelle ligne dite « orange », plus avancée que la ligne jaune fixée par l’accord.

La frontière floue entraîne la création d’une zone mortelle pour les Palestiniens et l’implantation de milices palestiniennes, formées par Israël pour lutter contre le Hamas. La ligne jaune devait reculer lors de la deuxième phase du plan Trump ; force est de constater que le contraire s’est produit. De plus, le nombre de morts vient confirmer l’échec de l’accord : 1470 Palestiniens ont été tués et 5190 ont été blessés depuis octobre 2025, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Enfin, l’aide humanitaire reste très limitée : 37 organisations majeures, dont Médecins Sans Frontières et Handicap International, ont été bannies par Israël. Cette même aide transite seulement par un point de passage dans le sud de Gaza, rendant une réponse suffisante aux besoins de la population impossible.

Ainsi, l’insécurité sanitaire s’accompagne d’une insécurité alimentaire structurelle dans l’enclave : seulement 220 camions pénètrent dans l’enclave, au lieu des 600 prévus lors de la signature de l’accord.

Le sort de la Cisjordanie oubliée

Le plan de Donald Trump ne fait aucune mention de la situation en Cisjordanie, alors même que l’implantation des colonies illégales est grandissante et financée par Israël (434 millions de dollars pour l’établissement de 34 colonies en Cisjordanie). Les attaques des colons ont augmenté depuis le début de la saison de récolte des olives, en septembre 2026. Leur but est de chasser les agriculteurs palestiniens de leur terre, à un moment crucial de la vie économique et sociale palestinienne.

Un rapport de force qui reste inégal

Si l’accord est resté lettre morte, ce n’est pas un accident puisque le médiateur est en même temps le premier allié d’une des parties.

Pour la seconde fois consécutive, le président palestinien Abbas s’est vu refuser son visa pour la session annuelle de l’Assemblée générale de l’ONU, en septembre 2026 à New York. Il est accusé, par les États-Unis, de compromettre la paix au Moyen-Orient. À cela s’ajoute la préparation d’une vente d’au moins 40 000 munitions à Israël, en septembre 2026, par l’administration Trump, dévoilée par le Washington Post.

La mise en œuvre de l’accord confirme cette asymétrie. Le Conseil de la Paix, créé pour superviser le plan de Trump, a annoncé, en septembre 2026, un programme de reconstruction à hauteur de 2,45 milliards de dollars (somme qui n’est toujours pas réunie), alors que les besoins de reconstruction s’élèvent à plus de 70 milliards de dollars sur 10 ans.

De même, une feuille de route prévoyait le désarmement progressif du Hamas, que ce dernier a accepté, tout comme le renoncement à gouverner l’enclave, ce qui contredit l’argument israélien d’un Hamas qui refuserait de désarmer. Or, Israël, pour ne pas s’y résoudre, a exigé le désarmement complet et immédiat du Hamas, sans quoi le retrait de ses troupes et le projet de reconstruction resteraient au point mort.

Interrogée début octobre 2026, la ministre palestinienne des Affaires étrangères Varsen Aghabekian déplore que la seconde phase du plan Trump n’ait toujours pas été appliquée. Elle appelle à un mécanisme de suivi engageant la responsabilité de toutes les parties ayant souscrit à Charm el-Cheikh, y compris le médiateur américain.

Dans un monde où la communauté et le droit international semblent s’éroder au profit des intérêts propres de chaque État, c’est bien le peuple palestinien qui est la première victime de cet échec.

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Lylia Aidoudi-Souissi

Étudiante en Master Relations Internationales du Moyen Orient à l'Université de Genève, je suis passionnée par les enjeux et dynamiques socio-politiques et économiques de cette région.

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